Lors de mon dernier passage à Paris, en France, j’en avais profité pour discuter avec Vivien, et enregistrer un podcast comme on dit en France, ou balado comme on dit ici. C’était l’occasion de revenir un peu sur le Manuel d’Assurance, sorti un an auparavant, et le livre Insurance, Biases, Discrimination and Fairness annoncé pour l’hiver prochain… Le podcast peut s’écouter sur youtube, et spotify
Derrière l’engouement suscité par l’utilisation de l’intelligence artificielle dans le secteur de l’assurance se cache une réalité plus nuancée. Prenons par exemple l’assurance automobile et l’assurance santé. Les tentatives d’usage de l’intelligence artificielle à des fins de tarification n’y ont pour le moment pas engendré le « changement de paradigme » pourtant annoncé. Pourquoi ? Plusieurs raisons peuvent être invoquées, qui vont des fondamentaux de l’assurance au choix assumé de certains assureurs de ne pas toucher à la mutualisation des risques, dans un contexte marqué par deux tendances opposées : la recherche par les consommateurs de services et produits toujours plus personnalisés et le refus sociétal de solutions qui laisseraient certains individus au bord du chemin de l’assurabilité.
(pour tenir compte des contraintes esthétiques des documents de travail de la chaire (“illustration d’un peintre flamand”), rien de très exotique, et donc merci à l’alchimiste de Jan Havickszoon Steen)
Demain matin, avec Olivier et Marie-Pier Côté, on sera chez l’assureur Intact pour parler équité et discrimination. Olivier présentera ses travaux récents sur l’utilisation de modèles causaux pour proposer des modèles “équitables” en assurance. Le papier (a fair price to pay: exploiting directed acyclic graphs for fairness in insurance) sera bientôt disponible !
L’autre jour, j’avais discuté Francesca Argiroffo, de RTS, au sujet de la décision de All State et State Farm, de ne plus assurer de nouveaux propriétaires de maisons ou locaux commerciaux, en Californie (et les liens entre assurance et changement climatique. Tout est en ligne, dans un article intitulé quand les assurances n’assurent plus, un autre effet du changement climatique (avec aussi une version audio, mais de mauvaise qualité…)
Ce matin, je donnerais un court exposé sur le thème de l’équité (algorithmique) en assurance dans un webinaire organisé par IVADO et OBVIA. Les slides sont en ligne.
Mercredi 18 mai, j’interviendrai au séminaire de la chaire PARI, à Paris, dans les locaux de la CCR, pour parler d’équité et de discrimination en assurance… Les slides sont en ligne.
En poursuivant la discussion abordée dans “L’équité de l’apprentissage machine en assurance” (co-écrit avec Laurence Barry), nous présentons un aperçu des problèmes auxquels les actuaires sont confrontés lorsqu’ils traitent de la discrimination. Depuis le début de leur histoire, les assureurs sont connus pour utiliser des données pour classifier et tarifer les risques. En tant que tels, ils ont été confrontés très tôt au problème de l’équité et de la discrimination associées aux données. Cette question devient de plus en plus importante avec l’accès à des données plus granulaires et comportementales, et évolue pour refléter les technologies et les préoccupations sociétales actuelles. En examinant les débats antérieurs sur la discrimination, nous montrons que certains préjugés algorithmiques sont une version renouvelée de préjugés plus anciens, tandis que d’autres semblent inverser l’ordre précédent. Paradoxalement, alors que la pratique de l’assurance n’a pas profondément changé et que la plupart de ces biais ne sont pas nouveaux, l’ère de l’apprentissage automatique ébranle encore profondément la conception de l’équité en matière d’assurance. (Cette présentation s’appuiera également sur un rapport qui sera bientôt publié par l’Institut Louis Bachelier).
Depuis le début de leur histoire, les assureurs sont réputés utiliser des données pour classer et tarifer les risques. A ce titre, ils ont été assez tôt confrontés aux problèmes d’équité et de discrimination associées aux données. Pourtant, si cette question est récurrente, elle connait un regain d’importance avec l’accès à des données de plus en plus granulaires, massives et comportementales. Nous verrons ici comment les biais de l’apprentissage machine en assurance renouvellent ou transforment ce questionnement pour rendre compte des technologies et des préoccupations sociétales actuelles : paradoxalement, alors que la plupart de ces biais ne sont pas nouveaux, la recherche d’une équité pour les contrer, elle, se transforme.
Ce jeudi, j’interviendrai à une conférence organisée par Covéa sur l’éthique de l’IA et la science de données, avec Astrid Bertrand et Chaouki Boutharouite. Les slides sont maintenant en ligne.
Le rôle essentiel d’un actuaire en charge de la tarification est la segmentation du portefeuille (ou « insurance classification » en anglais), correspondant à une activité de discrimination (mathématiquement parlant) au sens où l’actuaire va chercher les variables les plus « discriminantes », pour en expliquer une autre (en lien avec la sinistralité). Mais au sens juridique, discriminer, c’est interdit par la loi, ce qui place l’actuaire dans une position souvent délicate et complexe.
L’assurance collaborative est une nouvelle forme d’assurance et de relation entre assureur et assurés qui met à profit les nouvelles technologies pour une plus grande implication des assurés dans le processus et le modèle économique. Par la transparence elle vise à instaurer une relation de confiance forte entre les acteurs. Elle peut prendre des formes différentes, allant de la simple redistribution des profits jusqu’à la gestion en peer to peer par les assurés, rassemblés en communautés d’intérêt. Plusieurs tentatives ont été faites depuis 5 ou 6 ans dans différents pays: certaines en Europe ont échoué, d’autres se rôdent.
Aux Etats-unis, Lemonade est une vraie réussite. La répartition de la prime est de 20% pour la gestion et la rémunération de l’entreprise, 40% pour les sinistres (avec une redistribution en cas de bénéfice technique) et 40% pour la réassurance des gros sinistres. Cette nouvelle forme de mutualisation fait émerger de nouvelles problématiques tarifaires et de provisionnement, selon le mode de constitution des communautés d’assurés. La théorie des graphes aide à comprendre la capacité de mutualisation selon la structure des communautés.
Une étape essentielle du processus de tarification est le choix de l’algorithme qui permettra de calculer la prime à partir de données passées. En assurance, les modèles prédictifs sont partout : il peut s’agir de calculer la prime demandée pour couvrir les dommages causés à un bien, ou encore d’un score interne de suspicion de fraude sur un sinistre. Ce papier discute des limites de l’application des algorithmes prédictifs en assurance en revenant sur les notions de segmentation des risques et d’hétérogénéité.