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Beyond Zipf’s Law: Equifinality and Mechanistic Inference from Scaling Laws

Earlier this year, I was reading Arnon et al.’s Science paper, “Whale song shows language-like statistical structure,” which reports statistical regularities in humpback whale song that resemble those found in human language, including a frequency distribution close to Zipf’s law. It brought me back to a simple question: even if we observe a Zipf law, what can we really infer about the mechanism that produced it? I had been thinking about a closely related issue while writing a short note, since published in the European Actuarial Journal, on equifinality (the idea that distinct mechanisms or trajectories can lead to the same observable outcome).

That is the starting point of Beyond Zipf’s Law: Equifinality and Mechanistic Inference from Scaling Laws. We construct several very different processes that share exactly the same Zipf marginal distribution but have distinct sequential dynamics. The exponent alone cannot distinguish them, so we look elsewhere: dependence between successive observations, transition direction, and the effect of conditioning. The broader point goes well beyond Zipf’s law: a statistical regularity can strongly constrain possible explanations without, by itself, identifying the mechanism that generated it.

Zipf-like rank–frequency scaling occurs in language, city sizes, biological data and animal communication. Because several generative processes can produce the same marginal pattern, the exponent alone has limited mechanistic content. We formulate this ambiguity as an equifinality problem and compare four constructions under a common observation design. An i.i.d. finite-Zipf process, a persistent Markov chain and canonical sample-space reduction (SSR) have the same stationary marginal, p_j=(jH_V)^{-1}, whereas a latent-scale mixture produces a similar marginal through aggregation. The first three constructions therefore isolate differences in sequence structure without changing the population rank distribution. Markov dependence changes the finite-sample distribution of fitted exponents; at moderate persistence, the shift is closely reproduced by a block-adjusted effective sample size. Excess lag-1 mutual information separates exchangeable from sequential processes, and transition direction separates reversible persistence from the directional contraction built into SSR. Conditioning on latent scale reveals the aggregation route, while fit-window, alphabet and sequence-boundary analyses show which conclusions depend on the observation design. Recent work on learned animal communication is used to formulate prospective tests rather than to validate the models empirically. Matching a scaling law is thus a compatibility condition; discriminating among mechanisms requires observations on which the candidate models differ.

From Rating Factors to Crash Mechanisms: A Multiscale Causal DAG Framework Linking Motor Insurance and Road Safety

Motor insurance models and road-safety studies address the same underlying risk, but at very different scales. Insurance models typically predict annual claim counts from a small set of rating variables, such as age, mileage, vehicle characteristics, or past claims. Road-safety research, by contrast, seeks to understand mechanisms operating much closer to the crash itself, including speed, fatigue, distraction, road environment, and driving conditions. I recently uploaded on ArXiv a paper (From Rating Factors to Crash Mechanisms: A Multiscale Causal DAG Framework Linking Motor Insurance and Road Safety) that proposes a multiscale causal framework, organized around a literature-informed DAG, to connect these two perspectives. It shows that a predictive rating factor generally cannot be interpreted directly as a causal crash mechanism. Examples based on mileage and driver age illustrate why: the same actuarial contrast may be compatible with many different mechanistic explanations. Sharper conclusions will require data closer to the driving process, such as telematics, trip context, or linked crash and insurance-claim records…

Prévoir sans précédent

(avec le sous-titre “De l’actuariat contemplatif à l’actuariat prédictif“)

En mars 2024, Gavin Schmidt, directeur du Goddard Institute for Space Studies de la NASA, publiait dans Nature un texte au titre inhabituellement inquiet : Climate models can’t explain 2023’s huge heat anomaly — we could be in uncharted territory. L’année 2023 avait surpris les climatologues. Plusieurs facteurs connus permettaient d’expliquer une partie de l’anomalie observée, mais pas toute. L’expression uncharted territory, « territoire inconnu », avait marqué la communauté scientiqieu. Un peu plus de deux ans plus tard, le point le plus intéressant n’est peut-être plus de savoir ce qui, exactement, rendait 2023 singulière (la même question se posera probablement pour 2026). La question soulevée par Gavin Schmidt est plus générale : que signifie « prévoir » lorsque le système que l’on cherche à prévoir est lui-même en train de changer ?

Elle devrait être familière aux actuaires. Leur métier consiste précisément à parler de choses qui ne se sont pas encore produites. Une prime est fixée aujourd’hui pour couvrir les sinistres de demain. Des provisions sont constituées pour des paiements futurs. Les engagements d’un assureur-vie peuvent s’étendre sur plusieurs décennies. Quant aux catastrophes naturelles, les événements dont il faut évaluer le coût sont précisément ceux que l’on observe rarement. Et pourtant, une grande partie de l’actuariat traditionnel a peut-être été moins prédictive qu’on aime à le penser. Elle a été principalement « contemplative », au sens où on observe très attentivement le passé, on en mesure les régularités, puis on considère que celles-ci resteront suffisamment stables pour éclairer l’avenir. Cette stratégie a remarquablement fonctionné jusqu’à présent. Mais elle repose sur une hypothèse forte, et probablement révolue : demain doit suffisamment ressembler à hier.

Transformer l’incertitude en risque

Il y a plus d’un siècle, Frank Knight proposait une distinction devenue classique entre risque et incertitude. Dans le premier cas, la distribution des résultats d’un ensemble de situations comparables peut être connue, par le calcul ou par l’observation. Dans le second, cette distribution n’est pas disponible, notamment parce que la situation est trop singulière pour être rangée dans une classe d’expériences homogènes. On le sait, pour l’assurance, cette distinction est fondamentale. On ne sait pas qui aura un accident de voiture l’année prochaine, mais, sur plusieurs centaines de milliers d’assurés, on peut estimer relativement bien combien d’accidents se produiront. On ne sait pas à quel âge mourra une personne donnée, mais une table de mortalité décrit avec une remarquable régularité la mortalité d’une grande population.

L’assurance réalise ainsi une opération extraordinaire, puisqu’elle transforme l’incertitude individuelle en risque collectif. Frank Knight l’avait parfaitement compris. Lorsque la probabilité est mesurable, explique-t-il, le regroupement d’un grand nombre de situations permet de réduire l’incertitude. C’est précisément ce que réalise l’assurance. Mais ce mécanisme suppose que les cas regroupés soient suffisamment comparables. Si la situation est nouvelle, la difficulté n’est plus seulement que nous manquons d’observations. Nous ne savons plus exactement quelles observations constituent la bonne population de référence.

C’est le problème lorsque l’on cherche à estimer les incendies futurs dans une région dont le climat change, la sinistralité d’un parc automobile largement électrique ou la mortalité future d’une population qui bénéficiera de traitements aujourd’hui inexistants. De quelles expériences passées ces situations futures sont-elles réellement des répétitions ? L’actuariat s’est construit sur la possibilité de constituer des classes homogènes, et surtout stables. Une partie de son problème contemporain vient de ce que ces classes peuvent elles-mêmes devenir instables.

Rebus sic stantibus

Emil Gumbel avait formulé cette difficulté dès la première page de Statistics of Extremes, publié en 1958, qui a posé les fondements statistiques des techniques utilisées au quotidien par les actuaires, en particulier en réassurance. Pour utiliser les extrêmes observés afin de prévoir les extrêmes futurs, il faut supposer rebus sic stantibus, « les choses demeurant en l’état ». La distribution dont sont issus les événements et ses paramètres doivent rester constants dans le temps, ou bien l’effet du temps doit être explicitement pris en compte. Il ajoutait aussitôt que cette hypothèse, pourtant commune au travail statistique, n’est pratiquement jamais exactement réalisée. Une crue dite « centennale » possède une interprétation immédiate si la probabilité annuelle de dépassement reste constante. Que signifie en revanche une « période de retour » de cent ans si cette probabilité change d’année en année ?

Le même problème existe pour le calcul des provisions pour sinistres à payer. L’approche chain-ladder utilise les cadences des développements passés des sinistres pour prolonger le triangle vers le futur. Son principe même repose sur l’idée que les profils historiques de développement renseignent sur les profils à venir. Taylor soulignait déjà dans les années 1970 que les influences exogènes ne devaient pas trop perturber cette stationnarité. En mortalité, les actuaires ont rencontré cette difficulté encore plus tôt. Une table décrivant les décès observés à une période donnée devient insuffisante si la mortalité s’améliore durablement. Il faut alors passer d’une table statique à une table prospective : il ne suffit plus d’estimer la mortalité présente, il faut modéliser son évolution future. C’est exactement ce qu’ont proposé les modèles de type Lee-Carter, au début des années 1990.

Aucune de ces méthodes n’est naïve. Toute statistique suppose une certaine permanence. Si absolument tout changeait continuellement, aucune expérience ne pourrait nous apprendre quoi que ce soit. Ce qui devient plus difficile aujourd’hui est de laisser cette permanence implicite. Le climat en fournit un exemple assez clair, mais il n’est pas seul en cause. Technologies, médecine, mobilité, urbanisation, droit, coûts de réparation ou comportements changent également. L’assureur n’est donc pas seulement confronté à des événements aléatoires. Le cadre dans lequel ces événements se produisent évolue lui aussi.

Prédire sans vraiment prévoir

Le paradoxe est que jamais nous n’avons autant parlé de modèles « prédictifs ». Le machine learning est largement organisé autour de cette idée. On entraîne un modèle sur certaines observations et on mesure ses performances sur d’autres qu’il n’a pas utilisées. Galit Shmueli avait justement insisté sur la nécessité de distinguer « expliquer » et « prédire ». Comme nous l’expliquions avec Rodophe Bigot en 2020, un modèle destiné à comprendre un phénomène et un modèle destiné à produire de bonnes prédictions ne répondent pas au même objectif. La performance prédictive doit notamment être évaluée sur des observations qui n’ont pas servi à l’estimation. Pour l’actuaire, une deuxième distinction s’impose. Prédire une nouvelle observation n’est pas nécessairement prévoir l’avenir.

Prenons une base de contrats automobiles couvrant les années 2020 à 2025. On peut en utiliser une partie pour entraîner un algorithme et conserver le reste pour mesurer sa performance. Une validation croisée permettra de répéter l’exercice. Un excellent résultat démontrera que le modèle sait prédire des contrats qu’il n’avait jamais vus. Mais ceux-ci appartiennent au même environnement que les données utilisées pour l’apprentissage. C’est l’idée de « généralisation », pierre centrale de l’apprentissage automatique. Mais que nous dit cette validation sur la performance du modèle en 2030 si, entre-temps, le parc automobile, les comportements de mobilité ou le coût des réparations ont changé ? Beaucoup moins. Nous pensions tester notre capacité à prévoir demain. Nous testions surtout notre capacité à prédire une autre observation issue du même régime statistique.

La littérature sur le dataset shift a formalisé précisément ce problème. Les méthodes usuelles de machine learning supposent généralement que les données d’apprentissage et les données sur lesquelles le modèle sera utilisé suivent la même distribution. Or, dans le monde réel, les conditions d’utilisation diffèrent souvent des conditions dans lesquelles le modèle a été construit. Le cas le plus simple est le covariate shift. La population change, mais la relation entre les caractéristiques observées et le risque reste stable. Des méthodes de repondération permettent alors de donner davantage de poids aux observations passées qui ressemblent à la population future.

Mais cette solution suppose précisément que le mécanisme sous-jacent n’ait pas changé. Repondérer les incendies anciens ne suffit pas si leur propagation se transforme. Repondérer les accidents anciens ne suffit pas si la technologie des véhicules en modifie les conséquences. Et la littérature technique souligne elle-même que la validation croisée ordinaire peut devenir biaisée lorsque les distributions d’apprentissage et d’utilisation diffèrent. Le problème n’est donc plus simplement statistique. Il faut déterminer ce qui peut raisonnablement être transposé du passé vers l’avenir.

Quand le futur ne peut pas être validé

Les sciences du climat offrent ici un parallèle particulièrement éclairant. À court terme, la prévision météorologique annonce la température de la semaine suivante, puis on observe ce qui s’est passé. Les erreurs peuvent être rapidement mesurées et les modèles améliorés. Mais à long terme, pour le climat de 2070, cette boucle n’existe pas. David Stainforth et ses coauteurs soulignaient dès 2007 qu’à ces horizons, le problème est fondamentalement un problème d’extrapolation. Les modèles simulent des états du système que nous n’avons jamais observés. Leur capacité à reproduire le passé est nécessaire pour inspirer confiance, mais elle ne suffit pas à les calibrer pour un régime futur différent.

Une distinction devient alors essentielle. Il y a ce que nous ignorons dans un modèle, par exemple la valeur exacte d’un paramètre. Et il y a ce que nous ignorons sur le modèle : certains mécanismes peuvent manquer, certaines interactions être imparfaitement représentées, certaines échelles mal décrites. C’est ce que Stainforth et ses coauteurs appellent notamment l’inadequacy du modèle. Cette forme d’incertitude devient particulièrement importante précisément lorsque l’on extrapole vers des situations nouvelles.

Elle modifie aussi le statut des probabilités produites par les modèles. Une distribution obtenue à partir d’un ensemble de simulations n’est pas automatiquement une distribution de probabilités des états futurs du monde. Stainforth et ses coauteurs sont très explicites sur ce point : la fréquence des résultats au sein d’un ensemble de modèles peut être utile pour comprendre les modèles, sans représenter pour autant la probabilité du comportement réel du climat. La leçon est directement actuarielle, au sens où estimer une probabilité n’est pas exactement la même chose que connaître une probabilité. Un quantile à 99,5%, une perte bicentennale ou une distribution prédictive peuvent donner une impression de précision considérable, avec plusieurs chiffres après la virgule. Cette précision est parfaitement légitime lorsqu’elle quantifie une incertitude statistique bien identifiée. Elle l’est moins si elle fait oublier l’incertitude sur le mécanisme qui a permis de produire le chiffre. Reconnaître cette limite ne conduit pas à abandonner les modèles. Cela oblige à préciser ce que leurs nombres signifient.

Faut-il vraiment mieux prévoir pour mieux décider ?

Reste une question embarrassante : comment décider si nous ne savons pas prévoir avec suffisamment de précision ? Suraje Dessai, Mike Hulme, Robert Lempert et Roger Pielke posaient en 2009 une question volontairement provocatrice : Do We Need Better Predictions to Adapt to a Changing Climate? Leur cible était une logique qu’ils qualifiaient de predict-then-act : produire d’abord la meilleure prévision possible du futur, puis choisir l’action optimale compte tenu de cette prévision. Cette démarche fonctionne lorsque l’incertitude peut être suffisamment réduite. Elle devient plus fragile lorsqu’une décision doit être prise avant que l’incertitude soit résolue, ou lorsque certaines incertitudes sont irréductibles.

Suraje Dessai et ses coauteurs proposent alors de renverser la question. Au lieu de demander quelle décision serait optimale si notre prévision est correcte, on examine les performances de plusieurs décisions dans une gamme de futurs plausibles. Une stratégie est robuste si elle demeure satisfaisante sous des hypothèses sensiblement différentes. Robert Lempert, Steven Popper et Steven Bankes poussent cette logique plus loin dans leurs travaux sur la décision sous incertitude profonde. Celle-ci apparaît lorsque l’on ne connaît pas, ou que l’on ne parvient pas à s’accorder sur le bon modèle du système, les distributions de probabilité pertinentes, voire la manière d’évaluer certains résultats. La réponse n’est alors plus nécessairement de rechercher la solution optimale pour un futur privilégié, mais une stratégie qui résiste à plusieurs futurs et qui puisse évoluer à mesure que de nouvelles informations deviennent disponibles.

Cette idée est désormais suffisamment installée pour que le dernier rapport du GIEC consacre explicitement une place aux méthodes de décision robuste sous incertitude profonde : poser des questions de type « que se passerait-il si ? », conserver de la flexibilité et rechercher des politiques qui fonctionnent dans des futurs différents. Pour les actuaires, le déplacement n’est finalement pas si exotique. Il ressemble beaucoup à un stress test. Au lieu de demander seulement « quel est mon meilleur modèle du risque ? », on peut demander « quelles modifications plausibles du monde rendraient ma décision actuelle mauvaise ?

Des probabilités aux storylines

Les storylines développées en sciences du climat offrent une façon concrète de répondre à cette deuxième question. Theodore Shepherd et ses coauteurs définissent une storyline comme un déroulement cohérent et physiquement plausible d’événements passés ou futurs. Il ne s’agit pas nécessairement de lui attribuer une probabilité. L’objectif est d’étudier les mécanismes susceptibles de produire une situation et les conséquences qui en découleraient. Pour l’assurance, le raisonnement est très naturel.

On peut partir d’une catastrophe historique et demander ce que produirait aujourd’hui un événement analogue dans un climat plus chaud, sur un territoire davantage urbanisé et avec des valeurs assurées plus importantes. On peut aussi partir d’un portefeuille et rechercher les combinaisons d’événements susceptibles de le mettre en difficulté. Les storylines se prêtent notamment aux risques composés : sécheresse et chaleur, vent et fortes précipitations, crue et surcote. Aucun phénomène pris isolément ne doit nécessairement être exceptionnel pour que leur combinaison produise des conséquences extrêmes. Elles permettent ainsi de partir d’une vulnérabilité pour construire un stress test cohérent.

La démarche est même décrite comme un passage possible de la prédiction à l’exploration. Aux Pays-Bas, par exemple, l’adaptation à l’élévation du niveau marin s’appuie sur des scénarios susceptibles d’être révisés à mesure que les connaissances changent. Il ne s’agit donc pas de remplacer les probabilités par des histoires. Il s’agit de ne pas demander aux probabilités davantage qu’elles ne peuvent fournir. À la question classique, « quelle est la probabilité de cet événement ? », s’en ajoute une autre « que faisons-nous s’il se produit ? »

Un actuariat réellement prédictif

L’actuariat ne doit évidemment pas cesser de regarder le passé. Il reste sa principale source d’information, et l’assurance repose toujours sur la capacité à faire apparaître des régularités collectives derrière l’incertitude individuelle. Mais il faut peut-être distinguer trois opérations.

  • Décrire consiste à identifier les régularités du passé.
  • Prédire consiste à appliquer ces régularités à une nouvelle observation issue d’un environnement comparable.
  • Prévoir consiste à se demander ce qu’elles deviennent lorsque cet environnement change.

C’est cette troisième ambition qui prend aujourd’hui une importance croissante. Elle oblige à expliciter ce qui, dans nos modèles, est supposé rester stable. Elle demande parfois de compléter les corrélations historiques par une compréhension des mécanismes. Elle conduit à tester les modèles dans des scénarios où leurs hypothèses cessent d’être vraies. Et elle invite à rechercher non seulement des décisions optimales dans un scénario central, mais des décisions suffisamment robustes dans plusieurs futurs plausibles.

La distinction proposée il y a un siècle par Frank Knight retrouve alors une actualité presque inattendue. Le défi contemporain n’est pas de renoncer à cette opération visant à transformer l’incertitude en risque. Il est d’identifier les situations dans lesquelles elle devient plus difficile, parce que les sinistres futurs seront produits dans des conditions différentes de celles qui ont produit nos données.

Pendant longtemps, l’actuaire a pu traiter le futur, au moins approximativement, comme un nouvel échantillon du passé. Il lui faut désormais apprendre à faire quelque chose de plus difficile : utiliser le passé pour penser un avenir qui ne lui ressemblera pas nécessairement. Le « territoire inconnu » évoqué par Gavin Schmidt n’annonce donc pas la fin de la prévision actuarielle. Il pourrait au contraire marquer le moment où elle commence vraiment.

Références

Rodolphe Bigot et Arthur Charpentier (2020). « Quelle responsabilité pour les algorithmes ? » Risques, 122, 113-119.

Suraje Dessai, Mike Hulme, Robert Lempert et Roger Pielke Jr. (2009), « Do We Need Better Predictions to Adapt to a Changing Climate? », Eos, 90(13), 111-112.

Emil J. Gumbel (1958), Statistics of Extremes, Columbia University Press.

Frank H. Knight (1921), Risk, Uncertainty and Profit, Houghton Mifflin.

Robert J. Lempert, Steven W. Popper et Steven C. Bankes (2003), Shaping the Next One Hundred Years: New Methods for Quantitative, Long-Term Policy Analysis, RAND.

Vincent A. W. J. Marchau, Warren E. Walker, Pieter J. T. M. Bloemen et Steven W. Popper (dir.) (2019), Decision Making under Deep Uncertainty: From Theory to Practice, Springer.

Joaquin Quiñonero-Candela, Masashi Sugiyama, Anton Schwaighofer et Neil D. Lawrence (dir.) (2009), Dataset Shift in Machine Learning, MIT Press.

Gavin Schmidt (2024), « Climate models can’t explain 2023’s huge heat anomaly — we could be in uncharted territory », Nature, 627, 467.

Theodore G. Shepherd et al. (2018), « Storylines: an alternative approach to representing uncertainty in physical aspects of climate change », Climatic Change, 151, 555-571.

Galit Shmueli (2010), « To Explain or to Predict? », Statistical Science, 25(3), 289-310.

David A. Stainforth, Myles R. Allen, Emily R. Tredger et Leonard A. Smith (2007), « Confidence, Uncertainty and Decision-Support Relevance in Climate Predictions », Philosophical Transactions of the Royal Society A, 365, 2145-2161.

GIEC (2022), « Decision-Making Options for Managing Risk », chap. 17 de Climate Change 2022: Impacts, Adaptation and Vulnerability

When urban flood models disagree: hydrological equifinality as actuarial model risk

My short article, when urban flood models disagree: hydrological equifinality as actuarial model risk, was recently published in the European Actuarial Journal. In a nutshell, I tried to address the question “how much does a flood that has not happened yet cost?”
For insurers, answering that question involves a surprisingly long chain: rainfall has to become runoff, runoff has to become water in streets and buildings, damage has to be estimated, and finally translated into insured losses. Here, I focus on something hydrologists have known for a long time: several perfectly plausible models can fit the same observations and still tell quite different stories about what might happen next, this is known as equifinality, and I argue that actuaries should think of it as a form of model risk.
The issue is especially important in cities, where drainage systems, sewers, micro-topography, flood defences and highly concentrated property values can make small modelling choices financially significant. Two reasonable flood models may therefore lead to different premiums, underwriting decisions, reinsurance needs, capital requirements, or even different conclusions about whether a prevention measure is worth investing in. So uncertainty is not simply about whether a “100-year flood” might occur; it is also about the modelling chain through which water eventually becomes an insurance claim. My main argument is that insurers should make this disagreement visible, by comparing plausible models and asking whether their decisions remain robust across them. We need to price flood risk, of course, but we should also price, or at least acknowledge, our uncertainty about the models we use to describe it.

Open Review: La Société au prix du risque

Après plus de dix ans à écrire des billets de blog et des textes destinés à un public plus large, j’ai profité de cette année pour reprendre, actualiser et rassembler une partie de ces réflexions. Le résultat est un petit livre non technique, La Société au prix du risque — Assurance, algorithmes et climat à l’âge de la prédiction.

À mesure que les données deviennent plus fines et les modèles plus puissants, les assureurs peuvent mieux distinguer les personnes, les comportements et les territoires. Mais mieux prévoir ne dit pas encore comment répartir les pertes, quelles différences doivent être tarifées, ni ce qui doit rester mutualisé. En partant de l’histoire de l’assurance, des pratiques actuarielles, des algorithmes de décision et des risques climatiques, le livre montre que la précision technique ne fait jamais disparaître les choix politiques. Elle peut soutenir la prévention et renforcer la protection, mais aussi individualiser des vulnérabilités produites collectivement. L’enjeu n’est donc pas de renoncer aux modèles, mais de décider démocratiquement ce qu’ils peuvent faire, quelles conséquences leur attacher et comment éviter que chacun ne soit laissé seul avec son risque.

Le livre est disponible en open review jusqu’en décembre. Tous les commentaires, critiques et suggestions sont les bienvenus. Il suffit de créer un compte sur hypothes.is, puis lors de la lecture, il suffit de sélectionner le passage que vous voulez, commenter, cliquer sur “annotate”

puis une fenêtre va s’ouvrir pour mettre les commentaires.

Open Review: Risk Priced Society

After more than ten years of writing blog posts and essays for a broader audience, I used this past year to revisit, update, and bring some of those ideas together. The result is a short, non-technical book, Risk-Priced Society — Insurance, Algorithms and Climate in the Age of Prediction.

As data become more granular and models more powerful, insurers can distinguish more precisely between people, behaviours, and places. But better prediction does not tell us how losses should be shared, which differences should affect prices, or what should remain pooled. Drawing on the history of insurance, actuarial practice, decision algorithms, and climate risk, the book argues that technical precision never eliminates political choice. It can support prevention and strengthen protection, but it can also individualise vulnerabilities that are collectively produced. The challenge, then, is not to reject models, but to decide democratically what they should be allowed to do, what consequences should follow from them, and how to avoid leaving each person alone with their risk.

The book is open for review until December. Comments, criticisms, and suggestions are all very welcome. You just need an hypothes.is account. Select a part you want to annotate,

and then add all comments you want to make

Stages à Montréal pour le printemps et l’été 2027 (Mitacs Globalink)

L’été prochain, on propose 3 stages, à Montréal.

Le site de https://www.mitacs.ca/fr-ca/ va ouvrir dans les jours à venir (oui, il faut s’y prendre très en avance). Pour faire simple

  1. on a proposé des sujets
  2. les étudiants postulent sur la plateforme de mitacs à la fin de l’été
  3. cet automne, mitacs fera une opération de couplage étudiant(e)s – stages : on va recevoir pour chaque sujet une liste de 10 étudiant(e)s intéressés, et on commence des entrevues
  4. on propose une liste d’étudiant(e)s qui nous intéresse
  5. mitacs va refaire un couplage, entre les préférences des étudiant(e)s et des responsables des stages
  6. quand on couplage est fait, on est prévenu, mitacs va aider sur la partie logistique et financière, nous on va gérer le volet scientifique.

C’est simple, par contre, il faut que les étudiant(e)s se manifestent et s’inscrivent sur la plateforme avant le 15 ou 16 septembre. Après, ça sera trop tard.

Kyoto 京都 (part 2)

After some pictures from Kyoto 京都, Fall and Winter, some pictures from Spring and Summer. In two weeks, my sabbatical year at Kyoto University will come to an end. It is difficult to sum up what this year has meant. It gave me the time and space to look at things differently, to revisit projects that needed a fresh perspective, and to let new ideas emerge. But above all, it was a wonderful opportunity to discover Kyoto slowly, through everyday life and through the changing seasons. From autumn colours and winter light to cherry blossoms, summer heat and festival evenings, the city never stopped surprising me…

Optimal Transport for Actuarial Science (lecture notes)

Before leaving Kyoto to go back to Montréal (and enjoy some summer break), I uploaded some lecture notes, on Optimal Transport for Actuarial Science, on HAL (soon on ArXiv ?).

These lecture notes introduce optimal transport as a mathematical language for actuarial science. They treat losses, premiums, scores, reserves, capital scenarios, climate losses and lifetime distributions as probability measures that can be compared, transported, averaged, stressed and interpolated. The first part develops the main tools: couplings, push-forwards, discrete and continuous Kantorovich problems, duality, Wasserstein distances, quantile transport, barycenters, entropic regularization and statistical optimal transport. The second part applies these tools to risk measures, Wasserstein robustness, pricing and capital, portfolio drift, reserving cash-flow distributions, climate-prevention diagnostics, reinsurance, dependence uncertainty, capital allocation, distributional fairness diagnostics and longevity risk. Later chapters and appendices discuss counterfactual transport, dynamic formulations, unbalanced transport, Schrödinger bridges, cost engineering and computational labs in R. The emphasis is on actuarial modelling choices: the state space, the ground cost, the ambiguity radius, the reference distribution and the interpretation of the transport plan. Transport maps and couplings are used as distributional objects, not as causal claims unless additional assumptions are imposed.

(pictures will be coming in the updated version, this Fall).

“50 actuarial thought leaders…”

Yesterday, Jonno White  published a “a list of 50 actuarial thought leaders who genuinely deserve to be far better known outside the profession itself“. I have to admit that I am proud, honoured (and a little surprised) to be included in this list, alongside colleagues whose work I deeply admire (such as Moshe Milevsky, David Blake, Andrew Cairns, Johnny Siu-hang Li, Gordon Woo, Ron Richman, Ioannis Kyriakou, Paul Embrechts, Jan Dhaene, Michel Denuit, Hansjörg Albrecher, Runhuan Feng, Steve Haberman, Mary Hardy, Joey Zhou, Andrés Villegas, Jennifer Wang, Les Mayhew…)

Arthur Charpentier is a Professor at UQAM in Montreal and one of the most prolific researchers working at the boundary of actuarial science and data science. He is the editor and primary author of Computational Actuarial Science with R, one of the most widely used modern actuarial methodology texts, and he has published extensively on credibility theory, copula models, non-life insurance pricing, and the application of machine learning to actuarial problems.

His blog and public writing on actuarial methodology have built an audience far beyond the academic actuarial community, reaching data scientists and statisticians who encounter actuarial problems in insurance and risk management without having actuarial training. That crossover audience is precisely where the most interesting methodological conversations are happening as the boundaries between actuarial science, statistics, and machine learning continue to blur.

The price of proof: insurance policies for an AI-enabled world

In The Actuary, the official magazine of the Institute and Faculty of Actuaries, in the UK, a short article.

AI is often discussed as a tool for insurers: a way to improve pricing, underwriting, fraud detection, claims management and customer service. But it is also becoming an object of insurance. Firms use AI systems in customer service, legal drafting, software development, marketing, finance, logistics, medical triage, compliance, credit decisions and operational workflows. These systems can generate losses due to erroneous advice, discriminatory decisions, privacy breaches, intellectual property disputes, cyber incidents, automated pricing errors, contractual liability, professional negligence, reputational harm or failures of autonomous agents.

It is true that AI creates a new risk, but only partly. Many of the problems it raises are familiar to insurers: limited historical data; fast evolving technology; opaque models. The insured may know more than the insurer, and service quality may be difficult to observe. Failures may be discovered only after deployment, and claims may involve complex questions of causation and responsibility. These are not new actuarial problems. Catastrophe insurance, cyber insurance, professional liability, product liability, and technology errors and omissions already involve uncertainty, model risk, asymmetric information and delayed discovery.

What is distinctive is the scale and structure of dependence. AI risk is not just a risk attached to one firm using one tool: many firms may rely on the same model, provider, cloud infrastructure, application programming interface (API), dataset, plugin or agent framework, so a single failure can produce many losses at once. This is the core accumulation problem. The insurer is not only underwriting the insured firm – it is indirectly underwriting part of the technological stack on which that firm depends.

This connects AI risk to cyber risk, but with an additional layer. Cyber insurance already struggles with common vulnerabilities, shared software, cloud concentration and network effects. AI adds common models and common behaviours. A faulty model update, compromised API, contaminated dataset, systematic retrieval failure or recurring hallucination pattern may affect many insureds simultaneously. The loss process is not independent across policyholders because policyholders share parts of the same AI supply chain.

To be continued…

29th International Congress on Insurance: Mathematics and Economics, 서울, June 2026

The 29th International Congress on Insurance: Mathematics and Economics (IME 2026) will be held in Seoul, I will present on Friday our joint work with Bertille Tierny and François Hu, Direct and Indirect Discrimination in Generalized Linear Models (the paper is available on arxiv)

Generalized linear models are central to actuarial modelling of binary risk, claim frequency, utilization, and cost-related outcomes. Yet fairness diagnostics often rely on linear-model intuitions, although GLM predictions are obtained by transporting a latent score through a nonlinear inverse link. We develop a moment-based decomposition framework for diagnosing group disparities in fitted GLM predictions. In an exact linear-Gaussian benchmark, the Wasserstein barycentric criterion for distributional demographic-parity violation reduces to a two-moment criterion and decomposes into direct mean, indirect mean, interaction, and structural components. For GLMs, we distinguish the empirical output-scale criterion U_2(f), a within-group proxy \widetilde U_2(f), and a leading decomposition D_1(f). This leading term preserves the four linear channels and adds two curvature components induced by the inverse link: curvature coupling and curvature amplification. We derive explicit formulas for logistic, Poisson, and Tweedie specifications and illustrate the diagnostic on medical-expenditure survey data. The framework is not a legal test of discrimination, nor a full characterization of distributional parity outside the linear-Gaussian case. It is a tractable actuarial diagnostic for identifying whether fitted prediction disparities arise from explicit sensitive effects, proxy-mediated covariate profiles, covariance-structure differences, or nonlinear link effects.

The slides are now available online.

"sendo l'intento mio scrivere cosa utile a chi la intende…"