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7th European Actuarial Journal Conference in Istanbul

Next week, I will attend the 7th European Actuarial Journal Conference in Istanbul. I will present our joint paper Direct and Indirect Discrimination in Generalized Linear Models,

Generalized linear models are central to actuarial modelling of binary risk, claim frequency, utilization, and cost-related outcomes. Yet fairness diagnostics often rely on linear-model intuitions, although GLM predictions are obtained by transporting a latent score through a nonlinear inverse link. We develop a moment-based decomposition framework for diagnosing group disparities in fitted GLM predictions. In an exact linear-Gaussian benchmark, the Wasserstein barycentric criterion for distributional demographic-parity violation reduces to a two-moment criterion and decomposes into direct mean, indirect mean, interaction, and structural components. For GLMs, we distinguish the empirical output-scale criterion U_2(f), a within-group proxy \tilde{U}_2(f), and a leading decomposition D_1(f). This leading term preserves the four linear channels and adds two curvature components induced by the inverse link: curvature coupling and curvature amplification. We derive explicit formulas for logistic, Poisson, and Tweedie specifications and illustrate the diagnostic on medical-expenditure survey data. The framework is not a legal test of discrimination, nor a full characterization of distributional parity outside the linear-Gaussian case. It is a tractable actuarial diagnostic for identifying whether fitted prediction disparities arise from explicit sensitive effects, proxy-mediated covariate profiles, covariance-structure differences, or nonlinear link effects.

Slides are now available.

Vibe Coding and the Next Silent Cyber Risk

I have a short piece in the latest issue of the CAS Actuarial Review on “Vibe Coding and the Next Silent Cyber Risk.” As AI-generated code becomes part of ordinary software development, the challenge for insurers may not simply be whether the code is more or less secure. It is also a question of provenance: after a loss, can we reconstruct what was prompted, generated, reviewed, tested, and ultimately deployed? In a nutshell, no provenance, no confidence.

Criminal records, the right to be forgotten, and inclusive insurance: risk, rehabilitation, and data governance in underwriting

Notre article Criminal records, the right to be forgotten, and inclusive insurance: risk, rehabilitation, and data governance in underwriting sur les casiers judiciaires et l’assurance vient d’être publié par The Geneva Papers on Risk and Insurance. Le papier part d’une question assez simple, mais qui nous semblait importante : que se passe-t-il lorsqu’une information pénale, produite dans un contexte juridique donné, circule ensuite dans des bases de données, des fichiers commerciaux, des systèmes de scoring ou des procédures d’assurance ?

J’avais déjà écrit il y a quelques mois sur le droit à l’oubli et sur cette difficulté réelle. Une fois qu’une information est sortie, elle se laisse difficilement remettre à sa place. Comme du dentifrice sorti du tube. On peut créer des règles de déréférencement, de suspension, d’effacement, de réhabilitation. Mais dès lors que l’information a été copiée, résumée, vendue, réencodée, ou transformée en variable, elle peut continuer à vivre ailleurs. Et souvent, elle vit plus longtemps que le contexte qui lui donnait sens.

On peut aussi prendre le problème par un autre bout. On parle souvent du « casier judiciaire » comme s’il renvoyait à une catégorie évidente. Une personne a un casier, ou elle n’en a pas. Elle est « criminelle », ou elle ne l’est pas. Mais cette opposition est trompeuse. Le droit pénal n’enregistre pas seulement des meurtres, des vols ou des violences. Il enregistre aussi des conduites dont la signification dépend profondément du pays, du moment politique, de la culture juridique, et parfois de débats moraux très conflictuels. Autrement dit, on ne devient pas seulement « criminel » parce qu’on a fait quelque chose que tout le monde, partout, reconnaîtrait immédiatement comme un crime grave. On peut aussi le devenir parce qu’un État a décidé qu’un geste, une parole, une aide, un choix familial ou une forme de protestation devait entrer dans le champ pénal.

Par exemple, en Italie, depuis 2024, le recours à une gestation pour autrui à l’étranger peut être poursuivi à l’encontre de citoyens italiens. Y compris des citoyens italiens vivant hors d’Italie, dans des pays où la gestation pour autrui est autorisée. La loi italienne existait déjà contre la GPA sur le territoire italien, elle a été étendue aux faits commis à l’étranger. Autrement dit, une pratique possible, encadrée ou tolérée ailleurs peut produire, une fois ramenée dans l’ordre juridique italien, une qualification pénale. Pour les uns, il s’agit de protéger les femmes et les enfants contre une marchandisation du corps. Pour d’autres, il s’agit d’une criminalisation de parcours familiaux, touchant en particulier des couples qui n’ont pas d’autre possibilité d’avoir un enfant. Mais dans un fichier, que restera-t-il de ce débat ? Une infraction liée à la maternité de substitution peut donner la qualification de « criminelle ».

En France, le droit pénal sanctionne l’aide à l’entrée, à la circulation ou au séjour irréguliers d’un étranger. Le texte prévoit bien des exemptions, notamment lorsque l’aide est apportée sans contrepartie et dans un but exclusivement humanitaire. Mais l’existence même de ces exemptions montre que la frontière doit être juridiquement tracée. Aider quelqu’un à se déplacer, l’accompagner, l’héberger, lui fournir une aide sociale ou juridique, selon les circonstances, ces gestes peuvent relever de la solidarité, de l’humanitaire, du militantisme, de la désobéissance civile, ou d’une infraction. La qualification de « criminel » ne retiendra pas forcément le contexte.

Au Royaume-Uni, le Public Order Act de 2023 a créé de nouvelles infractions liées aux manifestations, notamment le fait de s’attacher à une personne, à un objet ou à un bâtiment dans des conditions susceptibles de causer une perturbation sérieuse. C’est ce que les textes appellent le locking-on. L’objectif affiché est de répondre à certaines formes de protestation disruptive. Mais là encore, le sens social du geste dépend du contexte. S’agit-il d’une action climatique ? D’une occupation symbolique ? D’un blocage dangereux ? D’une tactique militante exaspérante mais non violente ? Le droit pénal tranche selon ses propres catégories. Le fichier, ensuite, simplifie encore davantage.

À Malte, l’avortement reste inscrit dans le Code pénal. Même après les aménagements récents introduits pour certaines situations médicales extrêmes, le principe demeure frappant : une décision reproductive peut encore être juridiquement traitée comme une infraction pénale. Là encore, le sens social et moral de l’acte varie radicalement selon les pays. Dans un État, il peut s’agir d’un soin, d’une décision intime, d’une urgence médicale ou d’un droit fondamental, dans un autre, d’une conduite pénalement réprimée. Une base de données ne dira pas la situation médicale, la contrainte, la peur, le contexte familial, ni le débat politique qui entoure la qualification.

On pourra multiplier la liste des exemples à l’infini. Ils ne se valent évidemment pas, ils ne disent pas non plus que ces lois sont absurdes. Certains répondent à des problèmes très réels, comme l’exploitation, la xénophobie, la haine, les violences politiques, les atteintes à l’ordre public. Mon point est plutôt de rappelle qu’une condamnation pénale n’est jamais une donnée brute, comme toute information. C’est le produit d’un droit, d’un contexte, d’une époque, d’une institution, d’un vocabulaire juridique et d’une décision politique. Et on s’en doute, le problème commence lorsque cette information sort de son contexte.

Dans un tribunal, une infraction est entourée d’un dossier. Il y a des faits, une procédure, des qualifications, des arguments, des circonstances, parfois un appel, parfois une réhabilitation, parfois une extinction progressive de la pertinence de l’événement. Dans une base de données, beaucoup de cela disparaît. Il reste un code juridique, une catégorie, une date, parfois une mention tronquée. Un arrestation peut côtoyer une condamnation. Une condamnation ancienne peut apparaître comme si elle disait encore quelque chose d’actuel. Une infraction militante peut être rangée à côté d’une infraction violente. Un choix familial pénalisé dans un pays peut devenir, ailleurs, un simple signal de « criminal history ».

Et ça a un lien avec l’assurance (on s’en doute un peu, sinon je n’en parlerais pas ici). L’assurance repose sur la classification des risques. Il n’y a, a priori, rien de scandaleux en soi à ce qu’un assureur distingue des situations différentes. La question n’est pas de dire que toute différenciation est illégitime. La question est de savoir ce qu’un assureur fait lorsqu’il rencontre une information pénale. Est-ce un signal actuariel utile ? Dans quel produit ? À quel horizon temporel ? Avec quelle valeur marginale par rapport aux autres informations déjà disponibles ? L’information est-elle exacte ? Est-elle à jour ? Le statut juridique a-t-il changé ? La personne peut-elle contester ? L’assureur comprend-il vraiment ce que la donnée signifie ?

La tentation est grande de traiter le casier judiciaire comme une variable simple. Présence ou absence d’antécédents. Oui ou non. Risque plus élevé ou non. Mais les exemples précédents montrent pourquoi cette simplicité est dangereuse. « Avoir une condamnation criminelle » peut vouloir dire des choses radicalement différentes. Cela peut renvoyer à une violence grave, à une fraude, à une infraction de circulation, à une action militante, à une aide humanitaire, à une parole publique, à un geste symbolique, à une décision reproductive, à un acte commis dans un pays mais évalué par un autre. Le danger n’est donc pas seulement la permanence de l’information, c’est l’absence de contexte, qui s’explique souvent par l’histoire de l’information.

Car cette « condamnation criminelle » a voyagé, d’un tribunal vers un registre, ou un fichier, plus ou moins officiel. D’un fichier vers un courtier de données. D’un courtier vers un assureur. D’un assureur vers une décision d’acceptation, de tarification, de report ou de refus. À chaque étape, il y a un risque de perte de contexte. C’est cette histoire qui devrait nous inquiéter. Non parce que le passé ne compterait jamais. Mais parce qu’il ne compte pas toujours de la même manière, pas pour toujours, et pas indépendamment du contexte.

Un système juste ne devrait donc pas seulement demander cette personne a-t-elle un casier ? Il devrait demander : de quoi parle-t-on exactement ? Quelle est l’infraction ? Dans quel pays ? À quelle date ? Avec quelle issue ? Quelle relation avec le risque assuré ? Quelle preuve de valeur prédictive ? Quelle possibilité de correction ? Quelle durée de pertinence ?

Le droit à l’oubli n’est pas seulement le droit d’effacer une information gênante. C’est aussi une manière de rappeler que les sociétés ne peuvent pas traiter tous les passés comme des présents éternels. Une condamnation peut être réelle sans être toujours pertinente. Une information peut être exacte sans être juste à réutiliser. Une trace peut être vraie et pourtant devenir trompeuse lorsqu’elle circule sans son contexte. C’est sans doute l’une des grandes difficultés de nos sociétés assurantielles et algorithmiques. Elles cherchent sans cesse des signaux. Elles préfèrent les variables simples et prédictives, même juste un peu. Mais les vies humaines sont rarement simples. Et les casiers judiciaires, moins encore.

Conference Climate Change and Insurance 2026 in Spain

I will be in Spain, at the Conference Climate Change and Insurance 2026, to present “Granular Pricing and Effective Withdrawal in Climate-Exposed Household Insurance in France“, written with Raphaël Dalbarade, Laurence Barry and Caroline Hillairet.

Climate change increases the value of fine-scale risk information in household insurance, but its competitive use may weaken pooling and reduce effective availability in exposed areas. We study this mechanism in the French Cat-Nat system, where natural-catastrophe coverage is formally pooled through a regulated surcharge but accessed through the underlying household-insurance contract. First, we use controlled online quote requests to compare otherwise identical addresses with different flood or clay shrink-swell exposure. The evidence shows heterogeneous insurer responses: coarse pooling, within-commune premium differentiation, and non-quoting in some exposed micro-locations. Second, we develop a stylized dynamic pricing game with insurers that differ in pricing granularity. Numerical equilibria show that fine segmentation attracts low-risk households, shifts high-risk households toward less granular insurers, and erodes implicit cross-subsidies. Market-share constraints mainly slow this reallocation. The results highlight why climate-insurance governance must monitor local availability, not only formal coverage or aggregate market presence.

Slides are available online.

Relire Marc Bloch avant la rentrée

en particulier Marc Bloch, « Sur la réforme de l’enseignement », Les Cahiers politiques, n° 3, n°3, juillet 1943, p. 17.

Un mot, un affreux mot, résume une des tares les plus pernicieuses de notre système actuel : celui de bachotage. C’est certainement dans l’enseignement primaire que le poison a pénétré le moins avant : sans l’avoir, je le crains, tout à fait épargné. L’enseignement secondaire, celui des universités et les grandes écoles en sont tout infectés. « Bachotage » – Autrement dit : hantise de l’examen et du classement. Pis encore : ce qui devait être simplement un réactif, destiné à éprouver la valeur de l’éducation, devient une fin en soi, vers laquelle s’oriente, dorénavant, l’éducation tout entière. On n’invite plus les enfants ou les étudiants à acquérir les connaissances dont l’examen permettra, tant bien que mal, d’apprécier la solidité. C’est à se préparer à l’examen qu’on les convie. Ainsi un chien savant n’est pas un chien qui sait beaucoup de choses, mais qui a été dressé à donner, par quelques exercices choisis d’avance, l’illusion du savoir. “Vous serez certainement agrégé l’année prochaine, disait naïvement un juge d’agrégation à un de mes étudiants, cette année, vous n’êtes pas encore suffisamment formé au concours.” Durant les vingt dernières années, le mal a fait d’épouvantables ravages. Nos étudiants de licence trébuchent désormais de certificat en certificat. […] Je ne pense pas qu’il soit nécessaire d’insister sur les inconvénients intellectuels d’une pareille manie examinatoire. Mais ses conséquences morales, les a-t-on toujours assez clairement vues : la crainte de toute initiative, chez les maîtres comme chez les élèves ; la négation de toute libre curiosité ; le culte du succès substitué au goût de la connaissance ; une sorte de tremblement perpétuel et de hargne, là où devrait au contraire régner la libre joie d’entreprendre ; la foi dans la chance (car ces examens, quelle que puisse être la conscience des examinateurs, demeurent, par nature, hasardeux : qu’on veuille bien se souvenir de la curieuse et terrible enquête de Piéron et Laugier, si savamment étouffée par les chefs de l’Université : d’un correcteur à l’autre, d’un jour à l’autre, elle a révélé des plus inquiétantes variations dans les notes) ; enfin, mal encore infiniment plus grave, la foi dans la fraude ? Car on “copie” dans nos classes, au jour des compositions, on copie dans nos salles d’examen, on copie beaucoup plus fréquemment et avec beaucoup plus de succès que les autorités ne veulent officiellement l’avouer. Certes, je le sais, il subsiste, Dieu merci ! des âmes probes. Je consens même qu’elles soient nombreuses. Elles y ont du mérite…

Beyond Zipf’s Law: Equifinality and Mechanistic Inference from Scaling Laws

Earlier this year, I was reading Arnon et al.’s Science paper, “Whale song shows language-like statistical structure,” which reports statistical regularities in humpback whale song that resemble those found in human language, including a frequency distribution close to Zipf’s law. It brought me back to a simple question: even if we observe a Zipf law, what can we really infer about the mechanism that produced it? I had been thinking about a closely related issue while writing a short note, since published in the European Actuarial Journal, on equifinality (the idea that distinct mechanisms or trajectories can lead to the same observable outcome).

That is the starting point of Beyond Zipf’s Law: Equifinality and Mechanistic Inference from Scaling Laws. We construct several very different processes that share exactly the same Zipf marginal distribution but have distinct sequential dynamics. The exponent alone cannot distinguish them, so we look elsewhere: dependence between successive observations, transition direction, and the effect of conditioning. The broader point goes well beyond Zipf’s law: a statistical regularity can strongly constrain possible explanations without, by itself, identifying the mechanism that generated it.

Zipf-like rank–frequency scaling occurs in language, city sizes, biological data and animal communication. Because several generative processes can produce the same marginal pattern, the exponent alone has limited mechanistic content. We formulate this ambiguity as an equifinality problem and compare four constructions under a common observation design. An i.i.d. finite-Zipf process, a persistent Markov chain and canonical sample-space reduction (SSR) have the same stationary marginal, p_j=(jH_V)^{-1}, whereas a latent-scale mixture produces a similar marginal through aggregation. The first three constructions therefore isolate differences in sequence structure without changing the population rank distribution. Markov dependence changes the finite-sample distribution of fitted exponents; at moderate persistence, the shift is closely reproduced by a block-adjusted effective sample size. Excess lag-1 mutual information separates exchangeable from sequential processes, and transition direction separates reversible persistence from the directional contraction built into SSR. Conditioning on latent scale reveals the aggregation route, while fit-window, alphabet and sequence-boundary analyses show which conclusions depend on the observation design. Recent work on learned animal communication is used to formulate prospective tests rather than to validate the models empirically. Matching a scaling law is thus a compatibility condition; discriminating among mechanisms requires observations on which the candidate models differ.

From Rating Factors to Crash Mechanisms: A Multiscale Causal DAG Framework Linking Motor Insurance and Road Safety

Motor insurance models and road-safety studies address the same underlying risk, but at very different scales. Insurance models typically predict annual claim counts from a small set of rating variables, such as age, mileage, vehicle characteristics, or past claims. Road-safety research, by contrast, seeks to understand mechanisms operating much closer to the crash itself, including speed, fatigue, distraction, road environment, and driving conditions. I recently uploaded on ArXiv a paper (From Rating Factors to Crash Mechanisms: A Multiscale Causal DAG Framework Linking Motor Insurance and Road Safety) that proposes a multiscale causal framework, organized around a literature-informed DAG, to connect these two perspectives. It shows that a predictive rating factor generally cannot be interpreted directly as a causal crash mechanism. Examples based on mileage and driver age illustrate why: the same actuarial contrast may be compatible with many different mechanistic explanations. Sharper conclusions will require data closer to the driving process, such as telematics, trip context, or linked crash and insurance-claim records…

Prévoir sans précédent

(avec le sous-titre “De l’actuariat contemplatif à l’actuariat prédictif“)

En mars 2024, Gavin Schmidt, directeur du Goddard Institute for Space Studies de la NASA, publiait dans Nature un texte au titre inhabituellement inquiet : Climate models can’t explain 2023’s huge heat anomaly — we could be in uncharted territory. L’année 2023 avait surpris les climatologues. Plusieurs facteurs connus permettaient d’expliquer une partie de l’anomalie observée, mais pas toute. L’expression uncharted territory, « territoire inconnu », avait marqué la communauté scientiqieu. Un peu plus de deux ans plus tard, le point le plus intéressant n’est peut-être plus de savoir ce qui, exactement, rendait 2023 singulière (la même question se posera probablement pour 2026). La question soulevée par Gavin Schmidt est plus générale : que signifie « prévoir » lorsque le système que l’on cherche à prévoir est lui-même en train de changer ?

Elle devrait être familière aux actuaires. Leur métier consiste précisément à parler de choses qui ne se sont pas encore produites. Une prime est fixée aujourd’hui pour couvrir les sinistres de demain. Des provisions sont constituées pour des paiements futurs. Les engagements d’un assureur-vie peuvent s’étendre sur plusieurs décennies. Quant aux catastrophes naturelles, les événements dont il faut évaluer le coût sont précisément ceux que l’on observe rarement. Et pourtant, une grande partie de l’actuariat traditionnel a peut-être été moins prédictive qu’on aime à le penser. Elle a été principalement « contemplative », au sens où on observe très attentivement le passé, on en mesure les régularités, puis on considère que celles-ci resteront suffisamment stables pour éclairer l’avenir. Cette stratégie a remarquablement fonctionné jusqu’à présent. Mais elle repose sur une hypothèse forte, et probablement révolue : demain doit suffisamment ressembler à hier.

Transformer l’incertitude en risque

Il y a plus d’un siècle, Frank Knight proposait une distinction devenue classique entre risque et incertitude. Dans le premier cas, la distribution des résultats d’un ensemble de situations comparables peut être connue, par le calcul ou par l’observation. Dans le second, cette distribution n’est pas disponible, notamment parce que la situation est trop singulière pour être rangée dans une classe d’expériences homogènes. On le sait, pour l’assurance, cette distinction est fondamentale. On ne sait pas qui aura un accident de voiture l’année prochaine, mais, sur plusieurs centaines de milliers d’assurés, on peut estimer relativement bien combien d’accidents se produiront. On ne sait pas à quel âge mourra une personne donnée, mais une table de mortalité décrit avec une remarquable régularité la mortalité d’une grande population.

L’assurance réalise ainsi une opération extraordinaire, puisqu’elle transforme l’incertitude individuelle en risque collectif. Frank Knight l’avait parfaitement compris. Lorsque la probabilité est mesurable, explique-t-il, le regroupement d’un grand nombre de situations permet de réduire l’incertitude. C’est précisément ce que réalise l’assurance. Mais ce mécanisme suppose que les cas regroupés soient suffisamment comparables. Si la situation est nouvelle, la difficulté n’est plus seulement que nous manquons d’observations. Nous ne savons plus exactement quelles observations constituent la bonne population de référence.

C’est le problème lorsque l’on cherche à estimer les incendies futurs dans une région dont le climat change, la sinistralité d’un parc automobile largement électrique ou la mortalité future d’une population qui bénéficiera de traitements aujourd’hui inexistants. De quelles expériences passées ces situations futures sont-elles réellement des répétitions ? L’actuariat s’est construit sur la possibilité de constituer des classes homogènes, et surtout stables. Une partie de son problème contemporain vient de ce que ces classes peuvent elles-mêmes devenir instables.

Rebus sic stantibus

Emil Gumbel avait formulé cette difficulté dès la première page de Statistics of Extremes, publié en 1958, qui a posé les fondements statistiques des techniques utilisées au quotidien par les actuaires, en particulier en réassurance. Pour utiliser les extrêmes observés afin de prévoir les extrêmes futurs, il faut supposer rebus sic stantibus, « les choses demeurant en l’état ». La distribution dont sont issus les événements et ses paramètres doivent rester constants dans le temps, ou bien l’effet du temps doit être explicitement pris en compte. Il ajoutait aussitôt que cette hypothèse, pourtant commune au travail statistique, n’est pratiquement jamais exactement réalisée. Une crue dite « centennale » possède une interprétation immédiate si la probabilité annuelle de dépassement reste constante. Que signifie en revanche une « période de retour » de cent ans si cette probabilité change d’année en année ?

Le même problème existe pour le calcul des provisions pour sinistres à payer. L’approche chain-ladder utilise les cadences des développements passés des sinistres pour prolonger le triangle vers le futur. Son principe même repose sur l’idée que les profils historiques de développement renseignent sur les profils à venir. Taylor soulignait déjà dans les années 1970 que les influences exogènes ne devaient pas trop perturber cette stationnarité. En mortalité, les actuaires ont rencontré cette difficulté encore plus tôt. Une table décrivant les décès observés à une période donnée devient insuffisante si la mortalité s’améliore durablement. Il faut alors passer d’une table statique à une table prospective : il ne suffit plus d’estimer la mortalité présente, il faut modéliser son évolution future. C’est exactement ce qu’ont proposé les modèles de type Lee-Carter, au début des années 1990.

Aucune de ces méthodes n’est naïve. Toute statistique suppose une certaine permanence. Si absolument tout changeait continuellement, aucune expérience ne pourrait nous apprendre quoi que ce soit. Ce qui devient plus difficile aujourd’hui est de laisser cette permanence implicite. Le climat en fournit un exemple assez clair, mais il n’est pas seul en cause. Technologies, médecine, mobilité, urbanisation, droit, coûts de réparation ou comportements changent également. L’assureur n’est donc pas seulement confronté à des événements aléatoires. Le cadre dans lequel ces événements se produisent évolue lui aussi.

Prédire sans vraiment prévoir

Le paradoxe est que jamais nous n’avons autant parlé de modèles « prédictifs ». Le machine learning est largement organisé autour de cette idée. On entraîne un modèle sur certaines observations et on mesure ses performances sur d’autres qu’il n’a pas utilisées. Galit Shmueli avait justement insisté sur la nécessité de distinguer « expliquer » et « prédire ». Comme nous l’expliquions avec Rodophe Bigot en 2020, un modèle destiné à comprendre un phénomène et un modèle destiné à produire de bonnes prédictions ne répondent pas au même objectif. La performance prédictive doit notamment être évaluée sur des observations qui n’ont pas servi à l’estimation. Pour l’actuaire, une deuxième distinction s’impose. Prédire une nouvelle observation n’est pas nécessairement prévoir l’avenir.

Prenons une base de contrats automobiles couvrant les années 2020 à 2025. On peut en utiliser une partie pour entraîner un algorithme et conserver le reste pour mesurer sa performance. Une validation croisée permettra de répéter l’exercice. Un excellent résultat démontrera que le modèle sait prédire des contrats qu’il n’avait jamais vus. Mais ceux-ci appartiennent au même environnement que les données utilisées pour l’apprentissage. C’est l’idée de « généralisation », pierre centrale de l’apprentissage automatique. Mais que nous dit cette validation sur la performance du modèle en 2030 si, entre-temps, le parc automobile, les comportements de mobilité ou le coût des réparations ont changé ? Beaucoup moins. Nous pensions tester notre capacité à prévoir demain. Nous testions surtout notre capacité à prédire une autre observation issue du même régime statistique.

La littérature sur le dataset shift a formalisé précisément ce problème. Les méthodes usuelles de machine learning supposent généralement que les données d’apprentissage et les données sur lesquelles le modèle sera utilisé suivent la même distribution. Or, dans le monde réel, les conditions d’utilisation diffèrent souvent des conditions dans lesquelles le modèle a été construit. Le cas le plus simple est le covariate shift. La population change, mais la relation entre les caractéristiques observées et le risque reste stable. Des méthodes de repondération permettent alors de donner davantage de poids aux observations passées qui ressemblent à la population future.

Mais cette solution suppose précisément que le mécanisme sous-jacent n’ait pas changé. Repondérer les incendies anciens ne suffit pas si leur propagation se transforme. Repondérer les accidents anciens ne suffit pas si la technologie des véhicules en modifie les conséquences. Et la littérature technique souligne elle-même que la validation croisée ordinaire peut devenir biaisée lorsque les distributions d’apprentissage et d’utilisation diffèrent. Le problème n’est donc plus simplement statistique. Il faut déterminer ce qui peut raisonnablement être transposé du passé vers l’avenir.

Quand le futur ne peut pas être validé

Les sciences du climat offrent ici un parallèle particulièrement éclairant. À court terme, la prévision météorologique annonce la température de la semaine suivante, puis on observe ce qui s’est passé. Les erreurs peuvent être rapidement mesurées et les modèles améliorés. Mais à long terme, pour le climat de 2070, cette boucle n’existe pas. David Stainforth et ses coauteurs soulignaient dès 2007 qu’à ces horizons, le problème est fondamentalement un problème d’extrapolation. Les modèles simulent des états du système que nous n’avons jamais observés. Leur capacité à reproduire le passé est nécessaire pour inspirer confiance, mais elle ne suffit pas à les calibrer pour un régime futur différent.

Une distinction devient alors essentielle. Il y a ce que nous ignorons dans un modèle, par exemple la valeur exacte d’un paramètre. Et il y a ce que nous ignorons sur le modèle : certains mécanismes peuvent manquer, certaines interactions être imparfaitement représentées, certaines échelles mal décrites. C’est ce que Stainforth et ses coauteurs appellent notamment l’inadequacy du modèle. Cette forme d’incertitude devient particulièrement importante précisément lorsque l’on extrapole vers des situations nouvelles.

Elle modifie aussi le statut des probabilités produites par les modèles. Une distribution obtenue à partir d’un ensemble de simulations n’est pas automatiquement une distribution de probabilités des états futurs du monde. Stainforth et ses coauteurs sont très explicites sur ce point : la fréquence des résultats au sein d’un ensemble de modèles peut être utile pour comprendre les modèles, sans représenter pour autant la probabilité du comportement réel du climat. La leçon est directement actuarielle, au sens où estimer une probabilité n’est pas exactement la même chose que connaître une probabilité. Un quantile à 99,5%, une perte bicentennale ou une distribution prédictive peuvent donner une impression de précision considérable, avec plusieurs chiffres après la virgule. Cette précision est parfaitement légitime lorsqu’elle quantifie une incertitude statistique bien identifiée. Elle l’est moins si elle fait oublier l’incertitude sur le mécanisme qui a permis de produire le chiffre. Reconnaître cette limite ne conduit pas à abandonner les modèles. Cela oblige à préciser ce que leurs nombres signifient.

Faut-il vraiment mieux prévoir pour mieux décider ?

Reste une question embarrassante : comment décider si nous ne savons pas prévoir avec suffisamment de précision ? Suraje Dessai, Mike Hulme, Robert Lempert et Roger Pielke posaient en 2009 une question volontairement provocatrice : Do We Need Better Predictions to Adapt to a Changing Climate? Leur cible était une logique qu’ils qualifiaient de predict-then-act : produire d’abord la meilleure prévision possible du futur, puis choisir l’action optimale compte tenu de cette prévision. Cette démarche fonctionne lorsque l’incertitude peut être suffisamment réduite. Elle devient plus fragile lorsqu’une décision doit être prise avant que l’incertitude soit résolue, ou lorsque certaines incertitudes sont irréductibles.

Suraje Dessai et ses coauteurs proposent alors de renverser la question. Au lieu de demander quelle décision serait optimale si notre prévision est correcte, on examine les performances de plusieurs décisions dans une gamme de futurs plausibles. Une stratégie est robuste si elle demeure satisfaisante sous des hypothèses sensiblement différentes. Robert Lempert, Steven Popper et Steven Bankes poussent cette logique plus loin dans leurs travaux sur la décision sous incertitude profonde. Celle-ci apparaît lorsque l’on ne connaît pas, ou que l’on ne parvient pas à s’accorder sur le bon modèle du système, les distributions de probabilité pertinentes, voire la manière d’évaluer certains résultats. La réponse n’est alors plus nécessairement de rechercher la solution optimale pour un futur privilégié, mais une stratégie qui résiste à plusieurs futurs et qui puisse évoluer à mesure que de nouvelles informations deviennent disponibles.

Cette idée est désormais suffisamment installée pour que le dernier rapport du GIEC consacre explicitement une place aux méthodes de décision robuste sous incertitude profonde : poser des questions de type « que se passerait-il si ? », conserver de la flexibilité et rechercher des politiques qui fonctionnent dans des futurs différents. Pour les actuaires, le déplacement n’est finalement pas si exotique. Il ressemble beaucoup à un stress test. Au lieu de demander seulement « quel est mon meilleur modèle du risque ? », on peut demander « quelles modifications plausibles du monde rendraient ma décision actuelle mauvaise ?

Des probabilités aux storylines

Les storylines développées en sciences du climat offrent une façon concrète de répondre à cette deuxième question. Theodore Shepherd et ses coauteurs définissent une storyline comme un déroulement cohérent et physiquement plausible d’événements passés ou futurs. Il ne s’agit pas nécessairement de lui attribuer une probabilité. L’objectif est d’étudier les mécanismes susceptibles de produire une situation et les conséquences qui en découleraient. Pour l’assurance, le raisonnement est très naturel.

On peut partir d’une catastrophe historique et demander ce que produirait aujourd’hui un événement analogue dans un climat plus chaud, sur un territoire davantage urbanisé et avec des valeurs assurées plus importantes. On peut aussi partir d’un portefeuille et rechercher les combinaisons d’événements susceptibles de le mettre en difficulté. Les storylines se prêtent notamment aux risques composés : sécheresse et chaleur, vent et fortes précipitations, crue et surcote. Aucun phénomène pris isolément ne doit nécessairement être exceptionnel pour que leur combinaison produise des conséquences extrêmes. Elles permettent ainsi de partir d’une vulnérabilité pour construire un stress test cohérent.

La démarche est même décrite comme un passage possible de la prédiction à l’exploration. Aux Pays-Bas, par exemple, l’adaptation à l’élévation du niveau marin s’appuie sur des scénarios susceptibles d’être révisés à mesure que les connaissances changent. Il ne s’agit donc pas de remplacer les probabilités par des histoires. Il s’agit de ne pas demander aux probabilités davantage qu’elles ne peuvent fournir. À la question classique, « quelle est la probabilité de cet événement ? », s’en ajoute une autre « que faisons-nous s’il se produit ? »

Un actuariat réellement prédictif

L’actuariat ne doit évidemment pas cesser de regarder le passé. Il reste sa principale source d’information, et l’assurance repose toujours sur la capacité à faire apparaître des régularités collectives derrière l’incertitude individuelle. Mais il faut peut-être distinguer trois opérations.

  • Décrire consiste à identifier les régularités du passé.
  • Prédire consiste à appliquer ces régularités à une nouvelle observation issue d’un environnement comparable.
  • Prévoir consiste à se demander ce qu’elles deviennent lorsque cet environnement change.

C’est cette troisième ambition qui prend aujourd’hui une importance croissante. Elle oblige à expliciter ce qui, dans nos modèles, est supposé rester stable. Elle demande parfois de compléter les corrélations historiques par une compréhension des mécanismes. Elle conduit à tester les modèles dans des scénarios où leurs hypothèses cessent d’être vraies. Et elle invite à rechercher non seulement des décisions optimales dans un scénario central, mais des décisions suffisamment robustes dans plusieurs futurs plausibles.

La distinction proposée il y a un siècle par Frank Knight retrouve alors une actualité presque inattendue. Le défi contemporain n’est pas de renoncer à cette opération visant à transformer l’incertitude en risque. Il est d’identifier les situations dans lesquelles elle devient plus difficile, parce que les sinistres futurs seront produits dans des conditions différentes de celles qui ont produit nos données.

Pendant longtemps, l’actuaire a pu traiter le futur, au moins approximativement, comme un nouvel échantillon du passé. Il lui faut désormais apprendre à faire quelque chose de plus difficile : utiliser le passé pour penser un avenir qui ne lui ressemblera pas nécessairement. Le « territoire inconnu » évoqué par Gavin Schmidt n’annonce donc pas la fin de la prévision actuarielle. Il pourrait au contraire marquer le moment où elle commence vraiment.

Références

Rodolphe Bigot et Arthur Charpentier (2020). « Quelle responsabilité pour les algorithmes ? » Risques, 122, 113-119.

Suraje Dessai, Mike Hulme, Robert Lempert et Roger Pielke Jr. (2009), « Do We Need Better Predictions to Adapt to a Changing Climate? », Eos, 90(13), 111-112.

Emil J. Gumbel (1958), Statistics of Extremes, Columbia University Press.

Frank H. Knight (1921), Risk, Uncertainty and Profit, Houghton Mifflin.

Robert J. Lempert, Steven W. Popper et Steven C. Bankes (2003), Shaping the Next One Hundred Years: New Methods for Quantitative, Long-Term Policy Analysis, RAND.

Vincent A. W. J. Marchau, Warren E. Walker, Pieter J. T. M. Bloemen et Steven W. Popper (dir.) (2019), Decision Making under Deep Uncertainty: From Theory to Practice, Springer.

Joaquin Quiñonero-Candela, Masashi Sugiyama, Anton Schwaighofer et Neil D. Lawrence (dir.) (2009), Dataset Shift in Machine Learning, MIT Press.

Gavin Schmidt (2024), « Climate models can’t explain 2023’s huge heat anomaly — we could be in uncharted territory », Nature, 627, 467.

Theodore G. Shepherd et al. (2018), « Storylines: an alternative approach to representing uncertainty in physical aspects of climate change », Climatic Change, 151, 555-571.

Galit Shmueli (2010), « To Explain or to Predict? », Statistical Science, 25(3), 289-310.

David A. Stainforth, Myles R. Allen, Emily R. Tredger et Leonard A. Smith (2007), « Confidence, Uncertainty and Decision-Support Relevance in Climate Predictions », Philosophical Transactions of the Royal Society A, 365, 2145-2161.

GIEC (2022), « Decision-Making Options for Managing Risk », chap. 17 de Climate Change 2022: Impacts, Adaptation and Vulnerability

When urban flood models disagree: hydrological equifinality as actuarial model risk

My short article, when urban flood models disagree: hydrological equifinality as actuarial model risk, was recently published in the European Actuarial Journal. In a nutshell, I tried to address the question “how much does a flood that has not happened yet cost?”
For insurers, answering that question involves a surprisingly long chain: rainfall has to become runoff, runoff has to become water in streets and buildings, damage has to be estimated, and finally translated into insured losses. Here, I focus on something hydrologists have known for a long time: several perfectly plausible models can fit the same observations and still tell quite different stories about what might happen next, this is known as equifinality, and I argue that actuaries should think of it as a form of model risk.
The issue is especially important in cities, where drainage systems, sewers, micro-topography, flood defences and highly concentrated property values can make small modelling choices financially significant. Two reasonable flood models may therefore lead to different premiums, underwriting decisions, reinsurance needs, capital requirements, or even different conclusions about whether a prevention measure is worth investing in. So uncertainty is not simply about whether a “100-year flood” might occur; it is also about the modelling chain through which water eventually becomes an insurance claim. My main argument is that insurers should make this disagreement visible, by comparing plausible models and asking whether their decisions remain robust across them. We need to price flood risk, of course, but we should also price, or at least acknowledge, our uncertainty about the models we use to describe it.

Open Review: La Société au prix du risque

Après plus de dix ans à écrire des billets de blog et des textes destinés à un public plus large, j’ai profité de cette année pour reprendre, actualiser et rassembler une partie de ces réflexions. Le résultat est un petit livre non technique, La Société au prix du risque — Assurance, algorithmes et climat à l’âge de la prédiction.

À mesure que les données deviennent plus fines et les modèles plus puissants, les assureurs peuvent mieux distinguer les personnes, les comportements et les territoires. Mais mieux prévoir ne dit pas encore comment répartir les pertes, quelles différences doivent être tarifées, ni ce qui doit rester mutualisé. En partant de l’histoire de l’assurance, des pratiques actuarielles, des algorithmes de décision et des risques climatiques, le livre montre que la précision technique ne fait jamais disparaître les choix politiques. Elle peut soutenir la prévention et renforcer la protection, mais aussi individualiser des vulnérabilités produites collectivement. L’enjeu n’est donc pas de renoncer aux modèles, mais de décider démocratiquement ce qu’ils peuvent faire, quelles conséquences leur attacher et comment éviter que chacun ne soit laissé seul avec son risque.

Le livre est disponible en open review jusqu’en décembre. Tous les commentaires, critiques et suggestions sont les bienvenus. Il suffit de créer un compte sur hypothes.is, puis lors de la lecture, il suffit de sélectionner le passage que vous voulez, commenter, cliquer sur “annotate”

puis une fenêtre va s’ouvrir pour mettre les commentaires.

Open Review: Risk Priced Society

After more than ten years of writing blog posts and essays for a broader audience, I used this past year to revisit, update, and bring some of those ideas together. The result is a short, non-technical book, Risk-Priced Society — Insurance, Algorithms and Climate in the Age of Prediction.

As data become more granular and models more powerful, insurers can distinguish more precisely between people, behaviours, and places. But better prediction does not tell us how losses should be shared, which differences should affect prices, or what should remain pooled. Drawing on the history of insurance, actuarial practice, decision algorithms, and climate risk, the book argues that technical precision never eliminates political choice. It can support prevention and strengthen protection, but it can also individualise vulnerabilities that are collectively produced. The challenge, then, is not to reject models, but to decide democratically what they should be allowed to do, what consequences should follow from them, and how to avoid leaving each person alone with their risk.

The book is open for review until December. Comments, criticisms, and suggestions are all very welcome. You just need an hypothes.is account. Select a part you want to annotate,

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"sendo l'intento mio scrivere cosa utile a chi la intende…"